A U M

A U M

Amen, Amin, ainsi soit-il…Qui n’a pas entendu ce mot résonner dans une synagogue, dans une église ou dans une mosquée, à la fin de la récitation de la première sourate. Je me souviens d’avoir été, plus jeune, très touché, dans une mosquée turque, d’entendre ce mot retentir. L’origine commune des religions monothéistes s’incarnait.

Le temps a passé, beaucoup. Nous faisons, collectivement un exercice de respiration et de méditation, dimanche dernier, au sein d’une petite communauté parisienne qui compte des millions de pratiquants à travers le monde. Notre formateur, drôle, érudit, commence l’exercice en nous demandant de ressentir la vibration de la lettre A, en la chantant. Il est évident que les résonateurs sont au niveau ventral. Puis vient le U, qui résonne dans la partie haute de la cage thoracique, puis enfin le M qui lui, emplit nos cavités crâniennes. Nous enchaînons le A, le U et le M que nous rassemblons dans un OM d’abord timide puis plus assuré.

‘Le OM est en fait un AUM, nous dit-il. En prononçant ces sons vous permettez à votre corps et à tout votre être de s’ouvrir et de se mettre en vibration à trois niveaux fondamentaux pour mieux respirer et mieux méditer.’

‘A quoi OM/ AUM vous fait-il penser ? poursuit-t-il, esquissant un petit sourire.                   Silence.                                                                                                                                 Puis une main se lève, bonne élève. AMEN ?                                                                         AMEN, AMIN, AUM (OM) se ressemblent, n’est-ce pas ?’

Même sensation qu’il y a vingt ans, mais le cadre est plus large. Il ne s’agit plus seulement de relier les religions monothéistes, ce que l’histoire explique, mais de constater que les mêmes pratiques, fondamentales, sont partagées par des communautés totalement distantes, dans le temps et dans l’espace.

Simple observation qui me touche particulièrement en ces temps de discorde. Celle qui nous dit que l’essence est une. Que partout les hommes, à travers les époques, ont eu les mêmes questionnements et des réponses en miroir.

Ces constats, individuels ou collectifs, nous invitent à ne plus supporter ce qui coupe, sépare, écarte pour privilégier ce qui fait lien et enrichit constamment le vivant.

Coexister

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Hommage à du chant

Ambiance déambulatoire. Nous marchons trop vite. Regard distant sur des tâches de couleur.

Un miroir cassé. Un cageot oublié.

Cagot

Personne ne fait son boulot ici. Belle la France. Non, décidément, personne ne bosse.

Des poissons. Comme ça, dans un bocal. Art brut, de brute, comptant pour rien.

Aquarium 1

Je suis peut-être riche moi-aussi après tout. 20 K€, 30 K€ ?

Aquarium 2

Soirée de Fiac.

RAS

Miroir

MiroirLe miroir comme arme de retournement des consciences. Le miroir comme arme de d’abolition des schizophrénies. Le miroir comme arme de construction massive. Quelle puissante image que celle postée par Flore Vasseur.

Elle résume la bataille citoyenne, elle dit que le changement des consciences, de chaque conscience, individuelle, précède tout changement systémique. Elle parle du combat de femmes désarmées contre celui d’un pouvoir devenu fou.

Que se passe-t-il à ce moment précis dans les têtes de ces hommes-machines-soldats ? Que se disent-ils de leur envie de rébellion ? Comment résistent-ils à leur propre soif insurrectionnelle ? Combien de temps résisteront-ils avant de quitter leur amure, avant de faire quelques pas et de se retourner ?

L’envie de ses femmes n’est assurément pas d’accuser mais certainement plutôt de révéler, de rappeler à ces hommes leur conscience d’enfant, leur humanité première.

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Que nous dit encore cette photo ? Que nous vivons tous, plus ou moins commodément, avec nos petits arrangements. Qu’un jour cette schizophrénie devient insoutenable et qu’il nous faut alors, patiemment, empiriquement, combattre nos compromis.

Qui pour tenir le miroir ? Qui pour nous convaincre, nous aussi, de tomber l’armure ? Un éducateur de conscience ; un inspirateur ?

N’est ce pas notre rôle, collectivement, de porter un miroir devant ceux que nous voulons faire évoluer ; Devant ceux, avec bienveillance et non contre ceux. Tenir un miroir et convaincre les résistants, un par un, de baisser les armes. L’autre rive est plus ouverte, plus joyeuse, plus humaine, et le pas pour la rejoindre, libératoire.

Nous pourrions commencer par porter un mini miroir à la boutonnière, un pin’s peut-être, dans lequel nous nous refléterions, réciproquement.

Glace

Amertumes

En quete de sensSon regard est sincère, comme sa poignée de main. Marc nous parle du film qu’il vient de réaliser avec Nathanael Coste: en quête de sens. Un joli conte sur le retour à la nature, la recherche de la profondeur et le sens qu’il faut trouver en soi. Il y raconte sa propre histoire, surtout. Le rêve américain auquel il a cessé de croire, brutalement, les paillettes qui ont cessé de briller et l’envie de comprendre le monde. Son discours est intelligent, sincère, joliment naïf.

Le plus touchant est l’histoire qu’il nous raconte ensuite, lorsque nous débriefons et lui donnons quelques ressentis sur les extraits du film qu’il nous a présentés. C’est en entendant son père, empli de fierté, le féliciter sur sa carrière, un soir, sur le chemin de JFK, qu’il a compris que sa vie n’avait aucun sens. Il s’est mis à pleurer, sans raison, ou presque. Il est rentré chez lui, il a senti qu’il allait se passer quelque chose et il s’est blessé, le soir même, en jouant au foot dans sa chambre. Deux mois alité, la possibilité de regarder des reportages sur l’état du monde, les uns après les autres, boulimique, et sa vie qui bascule. Deux ans de voyage, de tournages, de rencontres, partout, pour comprendre, sortir de lui-même. Il en parle beaucoup mieux que moi, ici dans une conférence TedX.

Bref, la vie n’est pas dans les multinationales, dans les chemins balisés, il faut chercher sans cesse et se remettre en question. Nous en parlons autour d’un verre, simplement. Nous nous écoutons, ce qui est rare. Les commentaires sur le film sont sincères, prudents. Comment provoquer le changement à plus grande échelle ? Sommes-nous sur la bonne voie ? Notre société progresse-t-elle ?

Oui, évidemment, c’est en soi qu’il faut chercher la réponse. Nous parlons du corps, de l’esprit, de leur correspondance, du deuxième cerveau que nous avons dans le ventre, de ses deux cents millions de neurones en nous remémorant ce reportage passionnant d’Arte. Après trois heures de discussion, je peux rentrer chez moi revigoré, plus confiant sur l’évolution du monde, qui avance dans le bon sens, n’en doutons pas, habité par une humanité enfin consciente de sa finitude.

Je remonte sur mon engin. Le monde s’ouvre à moi, je roule, étrangement seul. Strictement personne sur le périphérique, pas un bruit, pas une voiture. Seul au monde pour profiter d’une étrange impression de bien être, malgré la froidure et la grisaille.

Soudain des phares, des centaines de voitures arrêtées et un bouchon, immense. Les conducteurs sont dehors et hurlent. Je remonte doucement les files. D’autres lumières, plus petites au loin. Des taxis bloquent les trois voies, encadrés par les CRS. Ils sont là dehors, et hurlent aussi. Un autre taxi s’avance avec moi, qui ne fait pas grève, lui. Il est pris à partie, les autres lui cassent ses phares, l’invectivent, ou plutôt non, soyons francs, ils le traitent de pute, de salope et tapent violemment sur les vitres du passager, horrifié.

Je suis pris d’une immense vague de tristesse, d’amertume. Les images se succèdent, l’interview de Pierre Rabhi sur la marche du monde, ses yeux éblouissants d’intelligence et son discours presque défaitiste me reviennent en mémoire.

Quelle est cette France qui refuse d’avancer ? D’où vient ce communautarisme quasi bestial ? D’où vient mon sentiment de malaise et cette boule au fond du bide ?

J’ai l’impression de voir un pays en situation d’effondrement. La violence est évidente ce soir et cette manifestation, tard dans la nuit, est loin d’être légère et pacifique. J’ai l’intuition que cette image en appelle d’autres, que cette scène de violence en appelle d’autres, que les prochaines années seront lourdes, et je n’en ai pas envie. Comment provoquer le rebond ? Comment provoquer une insurrection joyeuse et positive ?

Pour retrouver un peu d’humanité, voici le message de Pierre Rabhi:

 

La force et l’intelligence du collectif

CollectifChers amis, likers, lecteurs et autres fidèles d’entre les fidèles de Génération Marge Brute, comme vous l’avez peut-être entrevu dans mon dernier billet, je m’interroge sur la suite à donner à ce blog…Toute modestie retrouvée, la référence à Victor Hugo qui a de manière immortelle gravé l’idée que chaque « je » était aussi un « nous » n’était pas dénuée d’arrière-pensées ! GMB peut et veut évoluer, s’ouvrir, grandir ! Au-delà de l’intérêt de nos velléités artistiques, il est temps maintenant de parler, d’exprimer, d’informer et surtout d’agir ! Il est temps de participer et de reprendre notre part dans la marche des Temps ! Nous en avons besoin, et pas seulement en sublimant nos émotions et nos pulsions ! Il est temps de résister franchement et sereinement à la morosité, de proclamer la joie de la frugalité, de nous engager et de nous mettre en marche !

Je me demande aujourd’hui…Combien sommes-nous à avoir toujours vécu dans une période de « crise »…dans le confort ? Combien sommes-nous à sentir que les fondements de nos civilisations sont interrogés, que ceux-ci soient culturels, intellectuels ou spirituels ? Y compris dans leurs rapports à la Nature…Combien sommes-nous à souffrir devant la débâcle de l’information qui cherche autant à nous divertir et nous séduire qu’à nous faire participer noblement à la vie publique ? Combien sommes-nous à savoir confusément que nous participons économiquement à des échanges selon des modalités qui n’existeront plus dans 20 ans ? Que dis-je ? Dans 10 peut-être…Combien sommes-nous à sentir que nos institutions sont tiraillées par des tensions empêchant leurs évolutions et qui les privent de répondre aux besoins des sociétés et des peuples ?

Nous sommes une foule, nous sommes légion, nous sommes les travailleurs de l’ombre qui, au long des travaux et des jours, œuvrons à faire émerger un monde nouveau sans que la domination du Spectacle ne daigne nous citer ! Je le sens : nous sommes en colère ! Mais nous aimons aussi la Beauté ! Notamment celle qui consiste à transformer cette colère en puissance créatrice, en l’épurant des fantasmes néfastes pour laisser couler l’énergie naturelle qui est en elle. Cette beauté particulière existe, mais elle n’est pas la seule ! Dans le maelström obscur de signes, de messages, d’impulsions secrètes et anonymes qui jalonnent nos vies et notre environnement, des comètes superbes et des étoiles prophétiques s’offrent à notre vue, éclairant notre nuit de promesses merveilleuses ! Ne laissons pas les Anciens, apeurés et isolés, orchestrer machinalement le Spectacle au risque de le laisser dénaturer nos vies ! Ne les blâmons pas non plus de suivre les ornières qui les rassurent ! Ayons simplement le courage d’admettre que nous sommes socialement et systémiquement de plus en plus atomisés, que notre conscience est notre outil, que les comètes et les étoiles de Beauté que nous voyons, notre voisin ne les voit peut-être pas, qu’il en voit certainement d’autres que nous ne voyons pas non plus !

Nous avons entre 30 et 50 ans, enfants de cette génération marge brute, mais nous sommes bien plus nombreux à partager ces idées évolutionnaires et conscients d’une urgence ! Rassemblons-nous pour les mettre en commun, partageons nous, décloisonnons nous, libérons notre inspiration, proposons nous nos impulsions, valorisons « ce qui marche », ici et maintenant ! L’union fait la force, sagesse populaire qui n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui ! Ami(e)s, « likers », aujourd’hui, je ne suis plus seul derrière ce blog ! Je et Nous vous invitons à former un cercle ! GMB va tenter une expérience ! Nous allons proposer des informations, des initiatives, des projets selon des critères qu’on ne connaît pas encore très bien mais qui respecteront les termes de notre invitation ! Aidez nous à forger ces critères, proposez nous vos comètes et vos étoiles, nous allons vous proposer les nôtres ! Nous allons tâtonner, nous allons peut-être commettre des maladresses, nous rirons peut-être dans quelques temps de certaines initiatives… Mais si vous le voulez aussi, nous construirons notre route et si tout se passe bien, nous gagnerons en rigueur et en vigueur ! Chers amis créateurs contributifs, rayonnons ensemble !

Pour commencer, venez-nous rejoindre sur https://www.facebook.com/generationmargebrute pour poster des idées, des projets que vous menez, que vous souhaitez initier ; venez débattre ; venez écrire aussi, des billets que nous pourrons poster sur ce blog qui évoluera certainement dans sa forme. Bref, l’aventure sera plus riche à plusieurs…commençons à marcher.

Le génie

Victor HugoJ’entrevois, chers amis lecteurs, vos mines déconfites, vos suffocations, les mails qui circulent derrière mon dos. Il n’écrit plus. Lui si prolixe, il s’est tu. Inexorablement peut-être. Les gosiers s’assèchent ; certains s’effondrent certainement, déconfits.

La faute à qui, la faute à quoi. Au travail qui s’accumule peut-être ; au désenchantement aussi car ma prose n’intéresse toujours que très peu, voire pas du tout, les maisons d’édition. Quel absolu désenchantement et quelle perte massive pour la littérature francophone – ces formulations si précises, ces heureux néologismes qui ne passeront pas à la postérité.

A quoi bon continuer ? Pour toi et les quelques milliers de lecteurs de ce modeste blog ? Une campagne citoyenne sur www.avaaz.org, une campagne de financement sur www.kisskissbankbank.com pourraient peut-être me rapprocher du clavier. Mais je ne veux pas que mon inspiration dépende de votre engagement citoyen et encore moins de votre générosité.

Alors, oui nécessairement, je m’interroge, je réfléchis à la tournure que cela pourrait prendre. Des illustrations, un nouveau blog ? Je sens, je vous dois la franchise, des picotements dans mon stylo comme Cyrano avait des fourmis dans son épée – vous saluerez au passage ma modestie retrouvée.

Des formules viennent, éparpillées, qui seraient les préambules inspirés de chansons populaires, de longs poèmes en prose ou, soyons plus ambitieux, les premières lignes de romans primés.

  • Un chien ère cherchant sa tombe
  • Je ne chanterai pas pour toi (inspiration Cabrelesque notoire)
  • Des roseaux et des iris mêlés parlent à l’oreille de ma bien-aimée

L’inspiration est bien là, n’est-ce pas, indiscutable, lyrique, enflammée. Mais pourquoi écrire la suite lorsque l’intuition est géniale ? Pourquoi risquer de tout gâcher en la confrontant à l’incarnation, si souvent déceptive ?

Il me revient en mémoire ce que Victor Hugo écrivait en substance : le premier vers c’est le génie, le reste, du travail. Alors, pour ne pas contredire le maître, et pour ne pas risquer une amère désillusion, je m’en tiendrai aujourd’hui, pour cet exercice de reprise, au génie…

Rêveries commercantes

MarquesRetour d’un voyage au Maghreb, à proximité immédiate des commerciaux d’un des acteurs de pointe du secteur des désodorisants, du moins l’ai-je supposé en regardant le catalogue qu’ils parcourent. Nos sièges sont contigus.

Je laisse traîner une oreille distraite, au sortir d’un rêve qui mêle les odeurs du souk, les visions d’un mellah en ruine et les sourires des belles fassies.

  • Stéphanie (plus certain du prénom) : Jean-Pierre, tu pourrais m’accompagner à quelques rendez-vous, je ne me sens pas encore d’affronter le client.
  • Jean-Pierre (vendeur d’élite) : écoute Stéphanie, tu en es capable, les mots clefs, c’est simple : odeur, désinfection, Norme 1401, garantie de résultat et enfin et surtout, SERVICE. Service, Stéphanie, n’oublie surtout pas le service. Avec ça t’es équipée. Tu peux voyager où tu veux.
  • Stéphanie : oui, mais toi, tu es tellement à l’aise.
  • Jean-Pierre : le métier Stéphanie, le métier. C’est un challenge énorme pour toi.

Caricature, exagération ? Pas un mot de rajouté. Des comédiens en pleine répétition ? Les portes de la gloire, avec Benoit Poolevorde, ne sont pas très loin.

Pourquoi ne pas vendre des désodorisants après tout, rien de déshonorant. Non, ce qui étonne, c’est leur implication, leur sérieux. Et d’imaginer les réunions techniques de vente appliquées, les argumentaires, le marketing rabâchés sans relâche. Les mises en situation, dans un hôtel de Marrakech.

  • Observe le bureau autour de toi, parle-lui de cheval si tu vois un portrait de sa fille en cavalière, cela le touchera, rentre dans sa bulle, Michel, tu restes trop à distance.
  • Garde surtout l’argument massue pour  la fin, Véronique, c’est ça le secret d’une vente.
  • Croise les bras, s’il le fait, recule-toi s’il recule, développe de l’empathie, Catherine.

On leur apprend l’empathie commerciale, on leur apprend le sourire émaille blancheur, celui qui convainc les plus récalcitrants. Pas de jugement, aucune condescendance mais la difficulté à comprendre ce monde où tout se croise.

Ils travaillent pour quelle marque, pour quel actionnaire ? Pour l’un de ces dix méga conglomérats certainement. Presque rien ne leur échappe de ce que vous achetez.

Marques

Evidemment, tout cela ne rime à rien.

Mes yeux sont lourds déjà…convaincre…croire…challenge…Je me replonge dans mes rêves où ils ne sont pas.

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Théâtre : aller voir La grande et fabuleuse histoire du commerce